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Qui sommes nous réellement?

Dernière mise à jour : 5 mars 2021





Tout le malheur de l’homme vient de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre

(Blaise Pascal,1623-1662)


Chaque homme porte la forme entière de l’humaine

(Michel Eyquem de Montaigne,1533-1592)


Un de mes très chers amis, aujourd’hui disparu, m’avait proposé un jour cet exercice : prendre une ou deux citations puis dérouler une pensée et je repense à cette phrase de Pontalis : « Le Temps passe, ignore qu’il passe, il est immobile il n’a pas d'âge, j’ai comme chacun de nous tous les âges si je cesse de découper le temps. »

Alors je renouvelle l’exercice : en présence de Montaigne, Pascal, Freud, Jung et Ferenczi.

En ces jours ou un souffle, une parole exprimée trop près de l’autre peut l’inoculer d’un virus mortel, en ces jours où la protection des plus anciens s’impose comme une évidence ; en ces jours ou le confinement nous a oblige à rester en notre « chambre », privés des loisirs et de notre travail en collectif. En ces jours d’impossibilité d’occuper le temps à exister en tant qu’être social, d’impossibilité de vivre notre temps à travailler, à s’amuser, à se réunir et pour certains mêmes à fréquenter leurs lieux de cultes. En ces jours, beaucoup aimeraient s’alléger, se libérer de ces contraintes, afin de retrouver le plaisir hédoniste d’un restaurant ou d’un café sur le zinc, voir d’une fête entre amis ou d’un plaisir collectif de concert ou de stade ; autrement dit se divertir ainsi que le propose Pascal pour échapper à la solitude de la chambre.

Seul dans notre chambre, le miroir qui reflète notre âme solitaire peut devenir insupportable car l’évitement n’est plus possible ; ainsi cloitré, la pandémie nous ramène à notre humble condition d’homme, mortel que nous sommes. Il se peut alors que la vie, celle d’avant la pandémie ne nous apparaisse alors comme une illusion, une fuite devant les questions existentielles : qui sommes-nous, d’où venons-nous et où allons-nous ?

Pascal nous suggère que rester en repos dans une chambre est un supplice, rien que de penser à sa condition… de là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement, toute forme de divertissement, ce que Pascal entend par divertissement n’est pas seulement toute forme d’amusement mais toute activité qui évite de penser ou de se voir dans cette si faible condition d’homme. Pour Pascal, il s’entend que l’homme n’est rien en regard de Dieu, tout divertissement a comme objectif de se détourner de Dieu.

Et si l’athéisme qui considère Dieu comme une fiction, lui pour pour qui la spiritualité ne peut être que laïque, lui pour qui le sacré ne peut se confondre avec le divin, si donc l’athéisme nous proposait d’autres réponses à travers le prisme de la psychanalyse cette Weltanschauung (vision du monde) de Freud : Le divertissement si nécessaire pourrait être interprété comme une stratégie d’évitement dans le rapport à soi. Le travail si nécessaire à notre vie matérielle peut souvent lui aussi être un évitement, il peut y avoir confusion entre ce que nous sommes réellement et l’image sociale que ce travail renvoie et comment nous nous représentons à travers lui, c’est ce que Jung appelle La persona, un masque social : « ce que quelqu’un n’est pas en réalité mais ce que lui-même et les autres pensent qu’il est ».

Le sacré pourrait être cette espace-temps, ce réservoir des refoulements de l’homme et de l’espèce : l’inconscient, espace inaccessible à la pensée consciente par définition car nous dit Freud « nous ne sommes pas maître en notre demeure »

Pour Freud l’inconscient c’est le monde intérieur, c’est l’ombre, pour Jung l’inconscient ne se résume qu'à un enchevêtrement de perversité, il distingue l’inconscient personnel et l’inconscient collectif familial, ethnique et culturel primordial, un réservoir d’énergie psychique ou se trouvent les archétypes qui peuvent se définir comme une structure vide servant de matrice virtuelle génératrice de représentations archétypales, c’est à dire d’empreintes d’images primordiales universelles de tous les mythes communs à l'humanité, une source universelle hors du temps et de l’espace

Pour S.Ferenczi tout le savoir des origines de l’homme est au fond de notre inconscient : « tout se passe comme si derrière …survit dans les êtres vivants une sorte d’inconscient biologique, qui agissent dans le cadre d’activité organiques particulières tels que le sommeil, la génitalité ou certaines maladies. »

Cette humaine condition pour la psychanalyse c’est le monde intérieur, l’inconscient personnel, l’inconscient collectif et l’inconscient biologique.

Dans notre évolution, dans l’histoire de chaque être se rejoue sa propre histoire, celle de sa famille et celle de l’espèce, nous revivons cette assimilation, reproduction, adaptation puis sélection qu’il nous a été nécessaire d’avoir pour être ce que nous sommes en tant qu’individu mais aussi en tant que maillon d’une chaîne familiale, en tant qu’individu d’appartenance à une « tribu » et en tant qu’individu porteur de toute l’histoire de l’Homme depuis l’apparition de la vie organique à l’ère glaciaire en passant par le développement des êtres unicellulaires jusqu’à des espèces animales pourvu d’organes génitaux.

Notre construction se fait à partir de catastrophes tant individuelles que collectives à l’issue desquelles nous avons à activer nos capacités d’assimilation, de reproduction, d’adaptation puis de sélection.

Ce que la psychanalyse active propose c’est ce voyage vers une forme entière de la condition humaine, vers ce stade de sélection de renaissance psychique à travers le but ultime de la réalisation de soi, du soi cette partie du qui se trouve au centre et à la circonférence du psychisme, qui embrasse le conscient et l’inconscient. (Jung), l’archétype central, celui de l’ordre, l’archétype de la totalité de l’homme, jamais atteignable ; c’est la représentation de l’adéquation harmonieuse réalisé entre l’anima* et l’animus* (Cugnot)


* Anima-AnimusS :Symbolique figurative de la bipolarité fond-forme représentative d'une personnalité typiquement féminine (prédominance des mobiles de fond) et masculine (prédominance des mobiles de forme), L'anima symbolise la faculté de ressentir et constitue le ferment d'activation du principe de plaisir…L'animus symbolise la faculté d'agir et constitue le ferment d'activation du principe de réalité (M.N.Cugnot, L’univers quantique du psychisme et de la psychanalyse, © L'Harmattan, 1999 ISBN : 2-7384-8062-6)





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